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Introduction

Les contes sont indissociables de Charles Perrault, leur illustre auteur du XVIIème siècle. Or, bien souvent, dans l’imaginaire collectif, les Contes de Perrault sont des contes de fées où tout se termine bien, où le happy end est la condition impérative du genre. Néanmoins, Perrault impose, à son époque ainsi qu’aux siècles, ses propres canons du conte, sans se conformer aux règles efficientes.

Toutefois, l’œuvre de Perrault se résumait, pour ses contemporains, à autre chose que les Contes en vers ou les Contes de ma Mère l’Oye. En effet, lorsque son recueil intitulé Histoires ou Contes du Temps passé avec des Moralités est édité en 1697, il va alors fêter ses 69 ans et meurt 6 années plus tard, en 1703 : c’est donc une œuvre de vieillesse.

Cependant, Perrault occupait surtout la charge de haut magistrat, et était connu pour avoir été le bras droit de Colbert de 1661 à 1683, l’équivalent du premier ministre actuel. En plus de sa fonction, il était également reconnu pour son travail littéraire et artistique (il affirma être avec son frère Claude le concepteur de la colonnade du Louvre).

Ainsi, Perrault publia entre autre l’Enéïde Burlesque (en 1648), Saint Paulin (en 1686) qui sera en quelque sorte un manifeste moderniste ou encore le célèbre poème Le Siècle de Louis le Grand (en 1687) qui relance la controverse entre les Anciens et les dissidents Modernes. Son talent et surtout sa position politique lui permettront d’être nommé à l’Académie Française en 1671 ainsi qu’à l’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres huit années plus tard.

Deux mouvements distincts composent les Contes de Perrault : les trois premiers (GRI, PA et les SR) versifiés entre 1691 à 1694 s’inscrivent dans la tradition écrite ; de 1695 à 1697, les contes prosaïques dits les Contes de ma Mère l’Oye (« La Belle au Bois dormant », « Le Petit Chaperon rouge », « La Barbe bleue », « Le Maître Chat ou Le Chat Botté », « Les Fées », « Cendrillon ou La Pantoufle de Verre », « Riquet à la Houpe » et « Le Petit Poucet ») révèlent Perrault à la postérité par le biais de leur modernité.

Dès l’origine du genre déjà, dans l’antiquité latine, Apulée[1] parlait de anilis fabulae c’est-à-dire de contes de bonne femme. Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694, l’occurrence conte signifie :

Narration, recit de quelque aventure, soit vraye, soit fabuleuse, soit serieuse, soit plaisante. Il est plus ordinaire pour les fabuleuses & les plaisantes.

[…] Le vulgaire appelle, Conte au vieux loup. Conte de vieille. Conte de ma mère l’oye. Conte de la cigogne. Conte de peau d’asne. Conte à dormir debout. Conte jaune, bleu, violet. Conte borgne, Des fables ridicules telles que sont celles dont les vieilles gens entretiennent & amusent les enfants.

On appelle, Conte en l’air, Un conte qui n’a aucun fondement, ni aucune apparence de verité, Et, Conte gras, Un conte licentieux & trop libre.

On appelle encore, Contes, Tous les entretiens & discours impertinents & déraisonnables. Voilà de beaux contes, voilà un plaisant conte, un conte sot. Vous nous estourdisez de vos contes. A quoy bon me venir faire ces contes-là, de ces contes-là ?

 

Pour le XVIIème siècle, le conte ne se donne pas nécessairement à voir en tant que fiction. En outre, les sujets qu’ils renferment peuvent être divers. Toutefois, la définition est évasive. La sixième édition du Dictionnaire se corrigera en ajoutant que :

il se dit en général, d’Un récit d’aventures imaginaires, soit qu’elles aient de la vraisemblance ou qu’il s’y mêle du merveilleux

Etrangement, ce dictionnaire de 1832-1835 ne cite même pas Perrault aux côtés d’un Boccace, ou d’unLa Fontaine.Lahuitième édition complètera la définition avec la notion de concision du conte, absente jusqu’alors. Néanmoins, les terminologies proposées restent lapidaires et surtout très éloignées du recueil qui en deviendra pourtant l’emblème.

Actuellement, le conte s’explique comme un genre bref, présentant un héros qui doit affronter une épreuve centrale (accompagnée généralement de multiples obstacles) pour parvenir à ses fins et s’élever soit socialement (principalement par le mariage ou l’accession au trône) soit spirituellement.

Quelle est l’originalité des Contes de Perrault ? Qu’est-ce qui unit les onze contes entre eux ? Quelles sont leurs divergences ? Quelle définition jaillit des Contes ?

Pour savoir ce que sont les Contes, il semble essentiel de savoir à quels publics ils s’adressent. Nous verrons que les contes en vers puis, ensuite, les Contes de ma Mère l’Oye visent un même auditoire mondain. Ensuite, nous étudierons les projets stratégiques qui s’esquissent sous couvert d’un registre illusoirement pédagogique. En effet, les Contes soulèvent la polémique et sont au cœur de la Querelle entre les Anciens et les Modernes, dont Perrault symbolise le chef de file. Enfin, nous porterons notre attention sur une littérature qui se veut résolument moderne. Déjà par sa plasticité, puis par le génie de Perrault, le conte acquiert ses lettres de noblesse et devient un genre à part entière au cours du XVIIIème siècle philosophique.


[1] Apulée (vers 123125 ap. J.-C. – vers 170), originaire du basssin méditerranien. Il est considéré comme thaumaturge, auteur et philosophe latin. L’ « Ane d’Or » tiré des Métamorphoses est repris par Perrault sous la forme de Peau d’Âne.

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